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Cyberattaque des frigos de supermarchés : pourquoi vos marchandises risquent de ne pas être indemnisées

Dans la nuit du 11 au 12 octobre 2026, des pirates ont pris la main sur les installations frigorifiques de centaines de supermarchés français et fait grimper la température des vitrines et des congélateurs. Des tonnes de denrées sont parties à la benne. Une question agite désormais la grande distribution comme les petits commerçants : qui va payer ? La réponse est beaucoup moins simple qu’il n’y paraît.
Ce qui s’est passé
Les attaquants ont visé les régulateurs qui pilotent à distance les meubles et chambres froides, notamment des équipements du fabricant danois Danfoss. Ces boîtiers servent à surveiller les températures, gérer les cycles de dégivrage et faciliter la maintenance par internet. En modifiant les consignes et en déclenchant des dégivrages forcés, les pirates ont fait monter certains frigos jusqu’à 50 °C pendant plusieurs heures. Des départs de feu ont même été signalés dans quelques magasins.
Coopérative U (près d’une centaine de points de vente), Carrefour (80 magasins), Monoprix (une trentaine) et plusieurs magasins E.Leclerc sont également concernés. Le parquet de Paris a ouvert une enquête confiée à l’Office anticybercriminalité, et des incidents similaires ont été signalés en Belgique et en Espagne dans les jours suivants. À l’échelle nationale, la facture se chiffre en millions d’euros.
Pourquoi l’indemnisation tourne au casse-tête
Comme le résume L’Argus de l’assurance, l’indemnisation de ces pertes est un véritable casse-tête. Une enseigne a même déclaré à l’AFP que ses assurances ne couvraient pas ce type d’incident. Le problème vient d’un angle mort entre deux contrats qui, chacun de leur côté, ont de bonnes raisons de refuser la prise en charge.
1. La multirisque professionnelle se méfie du « cyber »
La plupart des multirisques professionnelles proposent une garantie « marchandises en chambre froide » ou « dommages aux denrées réfrigérées ». Elle joue en général quand la température varie à cause d’un événement précis : panne ou bris de la machine frigorifique, coupure de courant, incendie, dégât des eaux. Mais depuis quelques années, de nombreux assureurs ont ajouté des clauses qui excluent, ou limitent fortement, les dommages provoqués par une attaque informatique. Ici, la machine n’est pas en panne : elle a obéi à un ordre malveillant. Selon la rédaction du contrat, cela peut suffire à faire basculer le sinistre hors garantie.
2. L’assurance cyber ne paie pas les dommages matériels
À l’inverse, l’assurance cyber est conçue pour les pertes dites immatérielles : restauration des systèmes, frais d’experts, rançon dans certains cas, perte d’exploitation liée à l’arrêt informatique, atteinte aux données. Les dommages matériels consécutifs à une attaque (des yaourts tournés, de la viande à jeter, un meuble frigorifique abîmé) sont très souvent exclus de ces contrats.
3. Franchises, plafonds et perte d’exploitation
Même quand une garantie s’applique, la franchise et le plafond par sinistre réduisent souvent l’indemnité. Et la marchandise n’est qu’une partie de la note : rayons vides pendant plusieurs jours, réassort en urgence, contrôle des installations, heures supplémentaires du personnel. Cette perte d’exploitation n’est couverte que si le contrat la prévoit explicitement pour cette cause.
| Contrat | Ce qu’il couvre en principe | Le point de blocage |
|---|---|---|
| Multirisque pro (garantie marchandises réfrigérées) | Denrées perdues après panne, bris de machine ou coupure de courant | Exclusion fréquente des dommages d’origine informatique |
| Assurance cyber | Frais de remise en état des systèmes, experts, perte d’exploitation liée à l’informatique | Dommages matériels, dont les marchandises, souvent exclus |
| Bris de machine | Réparation ou remplacement de l’équipement frigorifique | Ne couvre pas toujours les denrées, et la machine n’est pas forcément « cassée » |
À retenir : deux contrats peuvent chacun refuser le même sinistre pour des raisons opposées. Ce n’est pas une question de bonne ou mauvaise volonté de l’assureur, mais de rédaction des garanties. C’est précisément ce qu’il faut vérifier avant le sinistre, pas après.
Boucheries, supérettes, restaurants : vous êtes aussi concernés
Cette attaque a frappé la grande distribution, mais le risque concerne tous les professionnels dont le froid est connecté : boucheries, poissonneries, traiteurs, boulangeries, restaurants, épiceries fines, pharmacies, fleuristes. Une chambre froide pilotée par une appli ou télésurveillée par l’installateur est techniquement exposée au même scénario. Pour un petit commerce, perdre 8 000 à 15 000 € de stock en une nuit peut mettre la trésorerie à genoux.
Ce que nous vous conseillons de vérifier dès maintenant
- Relisez votre multirisque pro. Cherchez la garantie « marchandises en chambre froide » ou « denrées réfrigérées », son plafond, sa franchise, et surtout la liste des causes couvertes.
- Repérez la clause d’exclusion cyber. Elle se trouve souvent dans les exclusions générales. Vérifiez si elle exclut tous les dommages d’origine informatique, ou seulement certains.
- Vérifiez la perte d’exploitation. Est-elle souscrite ? Couvre-t-elle un arrêt causé par une défaillance des équipements, quelle qu’en soit l’origine ?
- Interrogez votre installateur frigoriste. Votre régulation est-elle accessible depuis internet ? Les mots de passe par défaut ont-ils été changés ? Le logiciel est-il à jour ? Ces points peuvent aussi conditionner votre indemnisation.
- Gardez une trace de votre stock. Inventaires réguliers, factures fournisseurs, relevés de température : en cas de sinistre, c’est ce qui permet de chiffrer la perte et d’être indemnisé plus vite.
- Faites coordonner vos contrats par un seul interlocuteur. C’est le principe de regroupez vos assurances : quand la multirisque, la perte d’exploitation et l’assurance cyber sont analysées ensemble, on repère les trous de garantie avant qu’ils ne coûtent cher.
Et si vous avez été touché ?
Déclarez le sinistre sans attendre à votre assureur, même si vous doutez d’être couvert. Photographiez les marchandises avant destruction, conservez les relevés de température et les factures, et déposez plainte : l’enquête judiciaire en cours peut ouvrir des recours contre le fabricant ou l’installateur si une faille de sécurité connue n’a pas été corrigée. Votre courtier peut aussi négocier avec l’assureur l’interprétation des clauses, qui n’est pas toujours aussi tranchée qu’elle en a l’air.
Questions fréquentes
Une multirisque professionnelle couvre-t-elle les marchandises perdues après une cyberattaque ?
Pas toujours. La garantie marchandises en chambre froide couvre en général une panne, un bris de machine ou une coupure de courant. Beaucoup de contrats excluent ou limitent les dommages d’origine informatique : tout dépend de la rédaction de la clause d’exclusion cyber.
L’assurance cyber rembourse-t-elle les denrées détruites ?
Rarement. L’assurance cyber couvre surtout les pertes immatérielles : remise en état des systèmes, frais d’experts, perte d’exploitation liée à l’informatique. Les dommages matériels, dont les marchandises, sont souvent exclus.
Que faire si mes frigos ont été piratés ?
Déclarez le sinistre rapidement à votre assureur, photographiez les marchandises avant destruction, conservez relevés de température et factures, et déposez plainte. Un courtier peut ensuite défendre l’interprétation des clauses auprès de l’assureur.
Vos contrats couvrent-ils ce risque ?
Envoyez-nous votre multirisque pro : un conseiller du Cabinet Sadassur vérifie gratuitement vos garanties marchandises, perte d’exploitation et cyber, puis vous propose des solutions adaptées si un trou de garantie apparaît.
Sources :
- L’Argus de l’assurance – Cyberattaque contre les frigos en supermarchés
- Le Monde Informatique – Une cyberattaque perturbe les installations frigorifiques de centaines de supermarchés
- MacGeneration – Des frigos réglés à 50 °C
- Sud Radio – La vague se poursuit en France et s’étend en Europe
Cet article a une vocation d’information générale. Les garanties dépendent des conditions générales et particulières de chaque contrat.
